Premier temps
Le corps
compense
Une zone comprimée ne travaille plus normalement. Le corps ne s'arrête pas pour autant : il met en place des stratégies de compensation. Il déplace l'effort, modifie un appui, change discrètement un angle, sollicite les zones encore disponibles à la place de celle qui souffre.
Dans un premier temps, il faut le dire clairement : c'est une réussite, pas une défaillance. Une capacité d'adaptation remarquable, qui permet de marcher, travailler, porter, jouer, alors qu'une pièce ne remplit plus son rôle. Mais le corps s'écarte de son fonctionnement d'origine pour continuer à faire le travail : il se désadapte progressivement.
Cette phase peut durer des années. C'est la raison pour laquelle on ne ressent rien pendant si longtemps, et pourquoi le lien avec un choc ancien paraît ensuite improbable : entre les deux, il ne s'est apparemment rien passé.
La chaîne
Compenser,
puis s'abîmer
Entre le choc et la douleur, il y a une longue période silencieuse. C'est elle qui rend le lien si difficile à faire.
Deuxième temps
La limite,
puis l'usure
Toute compensation a un coût, et il se paie ailleurs. Une zone qui travaille à la place d'une autre travaille au-delà de ce pour quoi elle est faite. Elle tient, longtemps, puis elle fatigue.
Quand le corps atteint son niveau de saturation de compensations, les signes apparaissent : douleurs, gênes, raideurs, contractures qui reviennent, perte de force, fatigue qui ne cède pas. Et ils apparaissent sans raison apparente — c'est le point le plus déroutant pour la personne, et le plus caractéristique. Rien de neuf ne s'est produit : c'est simplement le moment où le système ne peut plus absorber.
Si rien ne change à ce stade, la mécanique continue. Les structures les plus sollicitées par la compensation s'usent à leur tour, et l'on entre dans ce qu'on appelle la dégénérescence : une dégradation qui, elle, devient visible et se nomme dans le vocabulaire médical courant.
D'où l'ordre des mots, et il n'est pas décoratif : on se désadapte d'abord, on s'abîme ensuite. La dégénérescence n'est pas le point de départ du problème, c'est son aboutissement.
Ce que ça change
Chercher la compensation,
pas seulement l'usure
Si la dégénérescence est un aboutissement, alors la question utile n'est pas seulement « qu'est-ce qui est usé ? » mais aussi « qu'est-ce que cette zone compensait, et depuis quand ? ».
C'est ce que cherche le BIFOP : remonter la chaîne à l'envers, de l'usure vers la compensation, puis de la compensation vers la zone comprimée qui l'a rendue nécessaire — souvent éloignée, souvent ancienne.
⚠️ Cela ne veut pas dire que ce qui est usé n'a pas besoin d'être pris en charge. Une usure constatée relève d'un suivi médical, et la Protokinésie® ne s'y substitue pas : voir les notions et limites.
Les mots, dans l'ordre
Du choc à l'usure,
sept mots pour tout suivre
- 1Le choc (ou impact)
Tout ce que le corps encaisse : une chute, un coup, un accident, un geste brusque. Il laisse une onde de choc dans les tissus.
- 2L'accumulation
Les chocs ne s'effacent pas : ils s'additionnent au fil de la vie, du premier à l'enfance jusqu'au plus récent.
- 3La compensation
Le corps s'arrange : il déplace l'effort vers les zones encore disponibles. On ne ressent rien, parfois pendant des années.
- 4La désadaptation fonctionnelle
Le prix de la compensation : pour continuer à faire le travail, le corps s'écarte de son fonctionnement d'origine (un appui, un angle, un geste).
- 5Le niveau de saturation atteint
La limite au-delà de laquelle le corps ne peut plus compenser. Chacun a le sien : sur le schéma, c'est la ligne rouge.
- 6La décompensation
Le niveau de saturation est dépassé dans une zone du corps : elle lâche et la douleur y apparaît « sans raison », souvent des années après le premier choc. Et les chocs, eux, continuent d'arriver et de s'accumuler.
- 7La dégénérescence
Si rien ne change, les structures qui portaient la charge s'usent. L'usure devient visible à l'imagerie : c'est un aboutissement, pas un point de départ.
La question suivante
Reste une question :
pourquoi si longtemps après ?
Et comment situer où en est une zone du corps ? C'est le rôle du niveau d'altération vibratoire* : une échelle en six niveaux, de « des chocs, mais aucune altération » (niveau 1) au niveau morbide (niveau 6, une hypothèse).
Le niveau d'altération vibratoire* Selon la Protokinésie. Notion propre à l'approche développée par Franck André à partir de ses observations au cabinet ; elle ne se substitue à aucun avis médical.
À suivre · section 5 sur 6
Le niveau d'altération vibratoire
Rubrique ⑤ · La compression, le mécanisme