Découverte · rubrique 7
Un vide de
compréhension
Des millions de personnes ont mal, et les examens ne trouvent rien. Plusieurs sources de référence, l'Organisation mondiale de la santé, l'Association internationale pour l'étude de la douleur et la Société française d'étude et de traitement de la douleur, laissent à penser qu'il manque un maillon dans la compréhension de l'origine de nombreuses douleurs.
Le constat
On peut avoir réellement mal
sans que les examens trouvent pourquoi
12 millions
de Français, au moins, vivent avec une douleur chronique. Et 2 patients sur 3 ne sont pas soulagés par leur traitement.
Notre réflexion
Quand autant de personnes ont mal, et que la plupart ne trouvent pas de soulagement durable, la question n'est plus de savoir si leur douleur est réelle. La question est de savoir d'où elle vient. Les trois exemples qui suivent montrent pourquoi cette question reste souvent sans réponse.
Exemple 1 · Organisation mondiale de la santé
Mal au dos : 9 fois sur 10,
aucune cause précise
Ce que dit la source
Quand on a mal au dos, l'OMS parle de lombalgie « commune » lorsque l'origine de la douleur n'est pas trouvée. Sa définition :
« La lombalgie est dite commune lorsqu'il n'est pas possible de rattacher la douleur à une maladie précise ou à un problème structurel. »
C'est le cas dans environ 90 % des lombalgies. En 2020, 619 millions de personnes en souffraient dans le monde.
Exemple
Mal au dos depuis six mois. Les examens sont faits :
- RadiographieNormale
- IRMRien qui explique la douleur
- La douleurToujours là
Sur 10 personnes qui ont mal au dos, 9 sont dans ce cas :
Notre réflexion
Ne pas trouver de cause ne veut pas dire qu'il n'y en a pas. Cela veut dire que la cause n'est pas de celles qu'une radiographie ou une IRM a été conçue pour montrer : une fracture, une hernie, une usure. Une question reste ouverte : que s'est-il passé dans ce dos, bien avant l'examen ?
Exemple 2 · Classification internationale des maladies
Une douleur reconnue,
même quand rien ne l'explique
Ce que dit la source
Depuis 2022, la classification officielle des maladies de l'OMS (CIM-11) contient une catégorie à part entière : la douleur chronique primaire, une douleur qui dure depuis plus de trois mois. Elle précise que ce diagnostic s'applique
« à moins qu'un autre diagnostic ne permette de mieux expliquer les symptômes présentés. »
Exemple
Des douleurs depuis plus de trois mois. On cherche une maladie qui les explique :
- ExamensAucune maladie trouvée
- Autre diagnosticAucun ne l'explique
- La douleurReconnue quand même
Notre réflexion
En créant cette catégorie, la classification internationale reconnaît deux choses à la fois : la douleur est réelle, et son explication manque parfois. C'est l'aveu honnête d'une limite. Et une limite, c'est aussi l'endroit où une autre façon de chercher peut commencer.
Exemple 3 · Association internationale pour l'étude de la douleur
Avoir mal sans lésion visible :
une réalité reconnue
Ce que dit la source
L'IASP, qui fixe les définitions de la douleur utilisées dans le monde entier, décrit une douleur qui survient
« malgré l'absence de preuve claire d'une lésion tissulaire, réelle ou menacée. »
Elle rappelle aussi que la douleur et le signal envoyé par les nerfs sont deux phénomènes différents : on ne peut pas déduire l'une de l'autre.
Source : IASP, Terminology, douleur nociplastique (en anglais, traduit par nos soins) ↗
Exemple
Une personne a vraiment mal. Les examens cherchent une lésion :
- Lésion recherchéeIntrouvable
- La douleurBien réelle
Notre réflexion
Si l'on peut avoir mal sans lésion visible, alors chercher l'origine d'une douleur uniquement dans ce qui se voit laisse une partie du chemin dans l'ombre. Ne rien voir ne veut pas dire que la douleur est imaginaire : cela veut dire qu'elle vient peut-être d'ailleurs.
Ce que ces trois exemples ont en commun
La douleur est toujours là,
l'imagerie ne voit rien
La personne a toujours mal, et l'imagerie ne voit rien. Entre les deux, il manque un maillon : ce qui relie cette douleur à son origine, et que les examens ne montrent pas.
Pourquoi l'imagerie ne voit-elle rien ? C'est l'objet de la page suivante.
À suivre · section 3 sur 3
Le seuil de visibilité
Rubrique ⑦ · Invisible à l'imagerie